Un soir, après la représentation, un jeune réalisateur vient me voir dans ma loge pour me proposer de jouer dans le cours métrage qu’il s’apprête à réaliser. Il s’agit de l’histoire d’une strip-teaseuse et il aimerait que je l’interprète. Seule ombre au tableau, il y dans le film un numéro d’effeuillage et il aimerait que je ne sois pas doublée. Il me rassure en ajoutant que ce serait loin d’être vulgaire puisque Alain Bernardin en personne mettrait ce numéro en scène pour le film. Il a rendez-vous au Crazy Horse quelques jours plus tard pour mettre au point les répétitions.

Le jour dit, nous voilà donc dans la salle mythique de l’avenue Georges V, Alain Bernardin, le réalisateur et moi. Le maître des lieux me demande si je sais danser. Puis si je veux bien me mettre nue. La nudité n’est pas un problème pour moi puisqu’il m’est souvent arrivé de poser pour des peintres, autre petit boulot pour ne pas être à la charge de mes parents. Je vais donc me dévêtir dans la loge des danseuses, une confortable bonbonnière tendue de velours rouge, puis rejoins la scène, un peu intimidée quand même. Le régisseur met un disque, dont je suis incapable de me rappeler le titre, et je commence à danser. Puis la musique s’arrête, et je m’assois sur la moquette noire qui recouvre le plateau. Mes deux spectateurs s’approchent, et Alain Bernardin confirme qu’il est prêt à mettre en scène le numéro du film. Puis il ajoute à mon intention : « Vous accepteriez de danser ici ? » J’étais loin de m’attendre à une telle proposition et je m’empresse de refuser. Mon ambition était d’être comédienne, pas strip-teaseuse. On le sait, je vivais rue Pigalle, au milieu de boites de nuit pas toujours sélectes, et peut-être qu’inconsciemment, je craignais d’être assimilée à ces danseuses-là en acceptant. Pourtant, l’offre était alléchante. J’aurais de quoi déménager, être enfin indépendante. Même si j’adorais ma famille, le manque de salle de bains ( ah, les inoubliables expéditions familiales aux Bains Douches de la rue de Douai !) et la promiscuité permanente me pesaient.

Mais Alain Bernardin avait de la suite dans les idées, et il appelait régulièrement chez mes parents pour savoir si je n’avais pas changé d’avis. Avec des arguments financiers toujours plus alléchants. Finalement, et après en avoir longuement parlé avec ma mère, j’accepte…